Dérive économique ...


Il est important de souligner qu'à l'origine la méthanisation a été conçue comme un revenu complémentaire par les agriculteurs qui avaient de plus en plus de mal à vivre de leur travail.

Rapidement, voyant que ce pourrait être une source de revenus stables sur la durée (les contrats avec EDF/GRDF sont sur 20 ans avec prix garanti) la dérive est vite apparue ... favoriser cette activité lucrative au détriment de l'agriculture classique, vivrière.

Pour Jean-Marc Thomas, porte-parole de la Confédération Paysanne de Bretagne, « la méthanisation ne répond absolument pas aux besoins des agriculteurs. Le besoin premier est une juste rémunération. Le choix politique est d’aller vers la méthanisation pour trouver un complément de revenus pour ceux capables d’investir, et pas de prendre le problème à la racine : des prix trop faibles, non rémunérateurs ».

Stéphane Bodiguel, agriculteur près de Rennes dit clairement : « On n’avait pas la passion du lait et des bêtes. Aujourd’hui, ce qui m’intéresse et me passionne, c’est la méthanisation. Je vis avec mon temps.» .

La dérive est claire. A l'origine, complément de revenus d'une exploitation, le système a vite dérapé. Aujourd'hui, ceux qui ont les moyens d'investir se précipitent dans cette voie d'autant que les subventions sont très importantes (de 20% en moyenne mais pouvant atteindre 50 à 70% du projet) avec des contrats sur 20 ans dont le prix est garanti.

Actuellement la filière, soutenue par la politique du gouvernement et ses subventions, possède un peu plus de 700 unités de méthanisation sur l'ensemble du territoire.
La progression du nombre d'unités s'accélère.
Cet article de presse expose clairement la dérive du monde agricole. C'est ... ICI

Il y a aujourd'hui un peu plus de 800 usines de méthanisation (1200 si on compte les projets à venir) installées en France. Ces implantations s'accélèrent, surtout les modèles d'usines de méthanisation injection à fort tonnage d'intrants. Le principal danger serait de sombrer dans le modèle allemand. Plus de 10.000 méthaneries en service dans ce seul pays.
Reste que l'Allemagne commence à déchanter devant les dérives expliquées ci-dessus et le nombre considérable d'accidents.

En 2015, l'ADEME indiquait vouloir 1000 méthanisations "à la ferme" en 2020.
Depuis, GRDF a fortement relancé les choses et annonce souhaiter ... 10.000 méthanisations en 2030 !
Mais, où va-t-on les mettre ? ... et où va-t-on trouver les intrants nécessaires ainsi que les surfaces agricoles nécessaires pour produire le carbone indispensable ?
Durant l'été 2019, le Parlement a voté le PPE (Plan Pluriannuel de l'Energie). L'objectif fixé est de 8 à 10% du gaz consommé, d'origine "Biogaz".
Pour que cet objectif devienne réalité, il faut du carbone donc des surfaces agricoles consacrées à cette production, détournées de leur vocation normale ... nourrir les humains et les animaux.
Le CSNM a calculé ce que représente la surface nécessaire.
Pour 10% de consommation annuelle de gaz, produits par 1000 méthaniseurs, il faut une surface égale à 3 à 4 départements français.
Si on reprend les souhaits de GRDF, il faudrait 10 fois plus de surfaces soit 30 à 40 départements ... un délire complet !.

La méthanisation, même repeinte en vert, est ... une question d'argent !